
Horrible idée de s’exiler sur les pistes de ski! Pendant que frimiez déplorablement en combinaison jaune fluo, flanqué du traditionnel bronzage «Panda» sur la face, le Shaq ramenait ses bourrelets en Arizona tandis que Jason Kidd baladait son sac de frappe Joumana dans les avenues de Dallas. Ah oui, l’ouvrier Larry Hughes retape actuellement les fondations du United Center, secondé par Drew Gooden. Kézako? Ces 3 dernières semaines, la platitude Sternienne du microcosme NBA a laissé place à une tornade de transferts-polémiques totalement sidérante, pour notre plus grand plaisir. Si par malheur vous vous sustentiez de fondues savoyardes et de vin chaud pendant que la Big League délaissait sa salopette XXL au profit d’une mini-jupe rouge feu terriblement allumeuse, ne soyez pas (trop) déprimé : voici un condensé digeste des principales informations à retenir, avec un léger différé… La gourmandise est un vilain défaut, maman vous avait prévenu.
L’effet domino
L’embrayeur survient le 1er février. Premier domino à s’écrouler : Pau Gasol, Grizzly herbivore, accessoirement sujet à des rumeurs de trade depuis près de 2 ans, s’envole finalement vers la Citée des Anges rejoindre Kobe. Ce dernier jubile : il fait ses adieux à Kwame Brown. Malgré des formalités pour le moins mystérieuses – Memphis vise clairement la prochaine lottery – ce coup de poker porte ses fruits. Le barbu catalan s’éclate comme pas permis en Cali’, les Lakers enchaînent 8 victoires sans que Bryant n’ait à planter 50 points. Les fans rêvent donc logiquement d’un sacre de MVP en direction de Black Mamba, et moins logiquement d’un titre. La Conférence Ouest, déjà extrêmement homogène en ce début de saison, se retrouve encore plus compétitive. Chaque spot d’accès aux Playoff est assailli. Huit strapontins pour une douzaine de prétendants, plus ardu que le jeu des chaises musicales.
Les concurrents passent la seconde. Phoenix sort les griffes. Le GM Steve Kerr démonte l’oeuvre de Colangelo et brise le petit cochon rose. Le mastodonte Shaq dépose ses valises, son contrat épouvantable plus son staff de médecins dans l’Arizona. Shawn Marion émigre en Floride avec l’incompris Marcus Banks, suppléer Dwyane Wade sur les bords du Styx avant de rebâtir une équipe. Détracteurs et admirateurs s’étrillent dans un débat sans fin à propos de la valeur ajoutée concrète qu’apporte le bulldozer, Bill Walton clashe un O’Neal déclarant que les Suns ne s’avèrent que «la meilleure équipe dans laquelle il n’a jamais joué». Certes, mais le Big Aristote demeure-t-il un véritable philosophe des raquettes, ou seulement une Paris Hilton des parquets?
L’hyperactif Mark Cuban, davatange accroc aux tapages médiatiques que Lindsey Lohan aux cures de désintox’, n’accepte jamais pas de se faire voler la vedette. Il doit réagir face aux rivaux. Quoi de mieux qu’un retour de Jason Kidd au bercail pour flamber? À la dérive dans le Jersey, le vétéran demande en vain le divorce depuis plusieurs mois. Une opportunité marketing de poids, malgré un intérêt sportif douteux (abandon du secteur intérieur ainsi que de Devin Harris), pourquoi hésiter? Cependant, cette OPA sur le meneur tourne rapidement à la déroute. Devean «Picsou» George explore une clause rarissime afin de boycotter son transfert, puis cet âne de Jerry Stackhouse clame à la presse qu’il re-signera dans le Texas coûte que coûte. Les instances de la Ligue bloquent ce trade mafieux, les tractations repartent à la case départ et Kidd flippe de rejouer en compagnie du vorace Vince Carter. Dix jours de négociations mystérieuses et incertaines, mais le meneur aux genoux rouillés débarquera finalement dans la ville de Cordell Walker. Le facteur X? Keith Van Horn, sic.
Spectateurs des armements adverses, Les Spurs doutent dorénavant de leur propre force de frappe. Premier mouvement : Damon Stoudemire, confrère de fumerie de Sheed à Portland, est appelé sous la bannière texane dans le but de faire respirer un TP juste exténué. Ensuite, le staff expédie en colissimo le duo Brent Barry – Francisco Elson (se) perdre à Seattle, contre le guerrier Kurt Thomas. Judicieuse pioche : quand bien même le pivot n’a pas conservé la pêche de sa période Knicks, peu de big men portent encore le bleu de chauffe sur mesure. Les Warriors embauchent entre temps l’intérimaire Chris Webber : le forward enterre au passage la hache de guerre avec Nellie, heureusement car son impact sur le jeu développé dans la Bay rappelle le titre d’une célèbre oeuvre de Victor Hugo (NDLR : Les Misérables, si quelques uns réfléchissent encore).
Toujours les vapes (pour ne pas dire à l’Ouest, mauvais jeu de mots), la Conférence Est ne rattrape même pas le wagon en route. Seuls les Hawks s’invitent à la fête en recrutant l’ultime rescapé de Sacto’ époque Adelman, le désormais naufragé Mike Bibby. Aussi perdu que Jack Shepard, l’ex-meneur des Kings reçoit l’occasion de relancer une carrière en chute libre. S’il parvient à rebondir, Bibby permettra à ATL de franchir un palier, de «team sympatoche» à «outsider à éviter». Surtout que le poste 1 était considéré comme le gros point faible des Faucons. Sacramento se console avec une ribambelle de troisièmes couteaux bientôt coupés (Shelden Williams, Tyrone Lue, Anthony Johnson et Lorenzen Wright). Pas idéal pour rebâtir, simplement suffisant pour refermer ce maudit livre de l’ère C-Webb.
La dernière soirée avant la deadline des transferts sera cruciale. Les retardataires qui sentent qu’ils perdent leur chance de bague sur cet acte se remuent l’arrière-train. Houston se réveille au dernier moment. Suite à l’acquisition de l’éternel sixième homme Bobby Jackson ainsi qu’Adam Haluska (contre les indésirables Bonzi Wells et Mike James), les Rockets appâtent le dunker unidimensionnel des Wolves Gerald Green. Ils s’échangent également divers droits avec les Grizzlies. Les Nuggets – qui semblent déjà savoir qu’ils n’iront pas jusqu’au bout – se contentent d’attirer le rookie Taurean Green et lâchent le sombre Von Wafer aux Blazers. Enfin, les gros de l’Est pointent au dernier moment le bout de leur nez. Si Detroit joue la finesse avec le sniper reconnu Juan Dixon (exit Primoz Brezec, direction Toronto), Cleveland s’active sous la pression de LeBron James. Trois franchises, onze ballers dans le lot, soyez attentifs. Les Cavs déposent le kit Larry Hughes – Drew Gooden, Cedric Simmons – Shannon Brown à Chicago en contrepartie de l’ancien basketteur Ben Wallace avec le futur retraité utile Joe Smith (plus un futur tour de draft). Ira Newble et Donyell Marshall prennent le prochain vol vers Seattle tandis que Delonte West accompagné du playboy Wally Szczerbiak emménagent en Ohio. Dernière pièce du puzzle, Adrian Griffin quitte les Bulls pour les Sonics. Résultat des courses : Cleveland récupère un vrai meneur capable de suivre LeBron pendant les phases de contres, et renforce considérablement sa peinture si Little Ben redevient Big. Seattle rallie Memphis dans le sprint au first pick, et les Bulls devraient bouleverser leur roster cet été avec cette mixture pour le moins…étrange.
Les Sopranos
Greg Popovich n’a pas pesté aussi bruyamment depuis ses bizutages “CIA style” sur Tony Parker. Outré par l’échange un poil frauduleux des Lakers, qualifiée par de nombreux spécialistes outre-Atlantique «d’arnaque». Quelles motivations auraient poussées les dirigeants de Memphis à parachuter Pau Gasol à Los Angeles? L’objectif de confier l’entreprise aux jeunes pousses, avec un bon pour la prochaine Draft? Probable. L’envie de soutenir les Lakers dans la guerre froide les opposant aux Celtics? Possible. Les analystes suspicieux depuis le déménagement de Kevin Garnett dans la maison Verte – qui résulte d’un choix de McHale vers son ancien coéquipier aux C’s Danny Ainge – s’interrogent sur d’éventuelles rivalités en coulisses mettant aux prises des «clans». Un moyen efficace d’entretenir la flamme des fameuses luttes «eighties». Une opposition indirecte qui déplairait forcément à un coach Pop’ plutôt isolé, situé en position marginale, donc de faiblesse, par rapport à la majorité de ses confrères. La NBA, organisation mafieuse orchestrée par un réseau de vieilles connaissances, dont Stern ne serait qu’un pantin? Ne sombrons pas immédiatement dans le scénario de science-fiction….
Autre problème de taille ; l’utilisation des joueurs absents des terrains depuis des lustres afin de parfaire des trades. Deniers exemples en dates : les droits sur le senior Aaron McKie lors du trade de Gasol, ou encore ceux de l’illustre Keith Van Horn durant celui de Kidd. Des pratiques honteuses mais publiquement assumées par les GM. De même que les allers-retours prévisibles des joueurs inclus dans un trade, qui partent et re-signent ensuite dans leur équipe d’origine. Depuis 2005, la «Gary Payton rule» a été décrétée, en l’honneur du Glove, qui avait re-signé à Boston 3 jours après avoir été envoyé aux Hawks dans le cadre du trade d’Antoine Walker. Un joueur doit maintenant attendre 30 jours pour paragrapher un nouveau contrat avec la dite équipe. Pas assez dissuasif si les contrôleurs se fient à Jerry Stackhouse, s’époumonant à force de radoter au sujet de son vrai-faux départ provisoire des Mavericks. À cause de cette assourdissante finesse, la maison-mère sera finalement forcée d’intervenir en excluant illico presto le Stack’ du pack. Tant pis pour Dallas, les voisins Spurs ne se cachent pas de tenter la même astuce avec Brent Barry, un brin plus subtil. Sûrement grâce à la formation d’espion reçue par Pop’…
Ces zones d’ombre – coïncidences hasardeuses ou stratégies complexes – mériteraient toutefois beaucoup plus de transparence, notamment via l’éventuelle création d’une instance spécialisée dans le inspection des trades, aussi bien sur le plan légal que légitime. Histoire de vérifier que le principe d’équité est bel est bien respecté… Utopique?